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Exposition : Le beau XVIe siècle, chefs-d’œuvre de la sculpture en Champagne

Paragraphes

Entretien avec Fabien Duval,
chargée de la restauration de l’église Saint-Jean-au-Marché de Troyes

Quelle est la spécialité de l’entreprise ?

Nous sommes une entreprise de maçonnerie et de taille de pierre, principalement axée sur la pierre. Nos maçons ne sont pas des poseurs de parpaings, ils sont vraiment spécialisés « monuments historiques ».  Les tailleurs de pierre se forment, le plus souvent, dès 16 ans. Pour faire un tailleur de pierre, il faut au minimum dix ans d’expérience. Il y a plusieurs types de formations, il y a les tailleurs de pierre qui passent par des CFA et d’autres par des centres AFPA. Mais la plus importante partie de la formation se fait sur le terrain, par la transmission des anciens aux plus jeunes.

Une entreprise de restauration des monuments historiques est-elle un conservatoire des techniques anciennes ?

Dans l’entreprise rien n’est mécanisé, c’est toujours la main de l’homme. 
Pour l’instant nous avons sept apprentis, des jeunes en formation, en contrat de professionnalisation, qui font leur formation chez les compagnons. On a des tailleurs de pierre et des maçons. Ils sont encadrés par des tuteurs qui sont, eux, installés dans l’entreprise depuis longtemps et qui, eux-mêmes, ont été formés par des plus anciens et ainsi de suite. 
Il y a une relève et tant qu’il y aura des monuments historiques à restaurer, nous pérenniserons le savoir. C’est le but de l’entreprise, c’est pourquoi nous sommes toujours à la recherche de chantiers prestigieux, pour pouvoir conserver ces techniques anciennes. 
Nous travaillons essentiellement sur des restaurations de monuments historiques, d’églises, d’abbayes, de cathédrales. Récemment nous avons travaillé à l’abbaye de Clairvaux, sur l’église Saint-Jean à Troyes, au château de Vaux-le-Vicomte, à la cathédrale de Reims…

· Portail ouest dégradé
Fin du XVIe siècle
© Éric Pallot ACMH

· Détail de l’encadrement du portail en pierre de taille
Piédroit sud : colonne et ébrasement, pierre altérée, érodée et encrassée
© Éric Pallot ACMH

Comment s’est articulé le travail avec l’architecte en chef des Monuments Historiques ?

L’architecte en chef prépare le dossier de chantier, le PAT (projet architectural et technique). Ensuite nous disposons des documents techniques de l’architecte, des plans et du CCTP (le cahier des clauses techniques particulières) à suivre, des règles de construction à respecter.
La communication est constante entre l’architecte et le conducteur de travaux ou les chefs d’équipe sur place, car nous ne sommes jamais confrontés aux mêmes problèmes. Il y a des restaurations types où on change simplement la pierre, mais parfois, il y a des surprises et c’est là que le dialogue s’ouvre entre l’architecte et les entreprises.
Pour l’église Saint-Jean, il n’y a pas eu de complications particulières, il s’agissait d’un chantier relativement simple mais il y a eu des procédés d’étaiement de voûtes qui ont été recalculés, discutés, modifiés par rapport au projet initial. Il s’agit toujours d’échanges sur des questions techniques et esthétiques.

Combien de temps a duré le chantier et combien de personnes sont intervenues ?

Le chantier a duré huit mois et il a fait travailler en moyenne trois personnes sur le site et trois personnes à l’atelier sur la taille et la préparation des pierres.

Vous vous êtes aussi occupé du transport d’œuvres pour l’exposition Le Beau XVIe siècle

En effet, nous sommes qualifiés pour la manutention des œuvres, car nous en avons déplacé des centaines au cours des différents travaux sur les édifices. 
Nous avons répondu à l’appel d’offre pour cette exposition, en partenariat avec deux autres sociétés, la société Tollis, spécialisée en restauration de sculptures et de fresques, qui nous ont aidé pour le conditionnement et la manipulation en apportant leurs techniques et la société Trans-Manu-Machine qui nous a apporté son aide matérielle pour les moyens de levage, le transport. 
Nous avons été retenus pour quatre lots de déplacements d’œuvres dans l’Aube, la Marne, la Seine-et-Marne et les Ardennes, soit quatre-vingt-dix statues réparties dans les églises des différents départements.
Il n’y a que des œuvres fragiles. Nous sommes accompagnés par des restaurateurs qui ont répondu eux aussi à un appel d’offre et qui ont été missionnés. On a organisé des plannings de deux équipes avec des tournées d’enlèvement d’œuvres. On transportait à peu près quatre statues par jour par équipe. 
Nous avons également fabriqué les caisses de transport. Ce sont des caisses en bois que l’on assemble sur place, autour de la statue. On ne peut pas mettre la statue en caisse directement. Il faut d’abord la poser sur son socle, puis on assemble la caisse autour de la statue, tout en calant avec des mousses, du papier Japon pour préserver les polychromies, les drapés, toutes les petites ornementations qui peuvent être fragiles. C’est un travail qui a été mené en étroite collaboration avec les restaurateurs.